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Néo & Swan , Studio Bubble Tea : des enfants youtubeurs sous influence

Réunion en Lèr
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En France, le nombre de chaînes familiales explose sur YouTube. Le principe ? Des enfants mis en scène par leurs parents en train de déballer de gigantesques caisses de jouets. “Envoyé spécial” a enquêté sur cette activité très lucrative, tant pour les marques que pour les géniteurs.

Tout excités, deux enfants se ruent sur d’énormes cartons de jouets, encouragés par les commentaires enthousiastes de leurs parents. Est-ce le réveillon de Noël ? Plutôt le quotidien de Néo, 13 ans, et Swan, 6 ans, des célébrités pour le jeune public français.

Depuis deux ans, leur mère Sophie filme des « moments clés » de leur vie : dégustations de bonbons, de nuggets, tests de jouets par centaines, souvent offerts par les marques, visites de parcs d’attractions – et publie ensuite les vidéos sur la plateforme YouTube. Elles cumulent au total plus de deux milliards de vues. En France, « Néo & Swan » est devenue la première chaîne destinée aux enfants, avec deux millions d’abonnés.

Un succès phénoménal qui n’a pas échappé aux marques. Ces enfants représentent un filon juteux : des nouveaux prescripteurs très influents, transformés en véritable vitrine de magasins de jouets. Le reportage fouillé enquête sur cet énorme enjeu publicitaire où les codes se brouillent. Car, alors que les médias traditionnels sont très règlementés, YouTube constitue un eldorado en matière de publicité. Aucune régulation véritable n’existe pour cette activité lucrative 2.0. Et contrairement aux autres secteurs de l’économie, l’activité des enfants sur Internet n’est toujours pas réglementée.

Vide juridique

En France, le législateur découvre à peine la question des enfants youtubeurs. Dernièrement, l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open) a saisi le Conseil national de la protection de l’enfance. Sans nommer de chaînes familiales précises, l’association considère que les vidéos réalisées avec les enfants relèvent non pas d’une activité de loisir, mais bel et bien d’un travail illicite.

L’enquête évoque donc des enjeux cruciaux : comment protéger l’enfant d’un système économique en roue libre ? Pour y répondre, quelques spécialistes témoignent, comme Thomas Rohmer, défenseur de la protection de l'Enfance ou encore Michèle Créoff, la vice-présidente du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE).

Si le film interpelle sur le vide juridique, il aborde aussi la question éthique. Et le malaise est grand face à ces enfants aux sourires béats en train de promouvoir compulsivement des produits en tout genre. « Toutes ces expériences les confrontent à une vie qui n’est pas une vie d’enfant et à des exigences qui sont celles d’adultes : plaire, séduire, faire de la promotion, répondre à des fans, contrôler son image. On les sort de leur état d’enfance pour les projeter dans un monde d’adultes sans qu’ils y soient préparés », analyse avec justesse Michèle Créoff. Se pose alors la question de l’intégrité et de la dignité de l’enfant, soumis à un consumérisme aliénant. Et si celui-ci était devenu le jouet des désirs parentaux ?